lunes, 18 de enero de 2016

Precioso poema de nuestro inmortal poeta Nicaragüense, Rubén Darío!














Albert Camus Prix Nobel De Littérature 1957_Lettre à son professeur










19 novembre 1957


Cher Monsieur Germain,
J'ai laissé s'éteindre un peu le bruit qui m'a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n'ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j'ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre reconnaissant élève.
Je vous embrasse, de toutes mes forces.
Albert Camus

...
30 Avril 1959
Mon cher petit,
(...) Je ne sais t'exprimer la joie que tu m'as faite par ton geste gracieux ni la manière de te remercier. Si c'était possible, je serrerais bien fort le grand garçon que tu es devenu et qui restera toujours pour moi « mon petit Camus».
Phographie d' Henri Cartier-Bresson





Lettre de Gilles Deleuze à propos de Félix Guattari

25 juillet 1984




Cher Kuniichi Uno,
Tu me demandes comment, Félix Guattari et moi, nous nous sommes rencontrés et comment nous avons travaillé ensemble. Je ne peux te donner que mon point de vue, celui de Félix serait peut-être différent. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas de recette ou de formule générale pour travailler ensemble.
C’était juste après 1968 en France. Nous ne nous connaissions pas mais un ami commun voulait que nous nous connaissions. Pourtant, à première vue, nous n’avions rien pour nous entendre. Félix a toujours eu beaucoup de dimensions, beaucoup d’activités, psychiatriques, politiques, travail de groupe. C’est un « étoile » de groupe. Ou plutôt il faudrait le comparer à une mer : toujours mobile en apparence, avec des éclats de lumière tout le temps. Il peut sauter d’une activité à une autre, il dort peu, il voyage, il n’arrête pas. Il ne cesse pas. Il a des vitesses extraordinaires. Moi, je serais plutôt comme une colline : je bouge très peu, suis incapable de mener deux entreprises, mes idées sont des idées fixes, et les rares mouvements que j’ai sont intérieurs. J’aime écrire seul, mais je n’aime pas beaucoup parler, sauf dans les cours, quand la parole est soumise à autre chose. A nous deux, Félix et moi, nous aurions fait un bon lutteur japonais.
Seulement, si l’on regarde Félix de plus près, on s’aperçoit qu’il est très seul. Entre deux activités, ou au milieu de beaucoup de gens, il peut plonger dans une grande solitude. Il disparaît, pour jouer du piano, pour lire, pour écrire. J’ai rarement rencontré un homme qui soit aussi créateur, et qui produise autant d’idées. Et ses idées, il ne cesse de les modifier, de les retourner, de changer leurs figures. Aussi est-il tout à fait capable de s’en désintéresser, et même de les oublier, pour mieux les remanier, les redistribuer. Ses idées sont des dessins, ou même des diagrammes. Moi ce qui m’intéresse, ce sont les concepts. Il me semble que les concepts ont une existence propre, ils sont animés, ce sont des créatures invisibles. Mais justement ils ont besoin d’être créés. La philosophie me semble être un art de création, autant que le peinture et la musique : elle crée des concepts. Ce ne sont pas des généralités, ni même des vérités. C’est plutôt de l’ordre du Singulier, de l’Important, du Nouveau. Les concepts sont inséparables des affects, c’est-à-dire des effets puissants qu’ils ont sur notre vie, et des percepts, c’est-à-dire de nouvelles manières de voir ou de percevoir qu’ils nous inspirent.
Entre les diagrammes de Félix et mes concepts articulés, nous avons eu envie de travailler ensemble, mais nous ne savions pas bien comment. Nous lisions beaucoup, en ethnologie, en économie, en linguistique. C’étaient des matériaux, j’étais fasciné par ce que Félix en tirait, et lui, intéressé par les injections de philosophie que j’essayais d’y faire. Assez vite, pour L’Anti-Oedipe, nous savions ce que nous voulions dire : une nouvelle présentation de l’inconscient comme machine, comme usine, une nouvelle conception du délire indexé sur le monde historique, politique et social. Mais comment faire ? nous avons commencé par de longues lettres en désordre, interminables. Puis des réunions à deux, de plusieurs jours ou plusieurs semaines. Comprends-tu cela, à la fois c’était un travail très fatigant, et nous riions tout le temps. Et chacun de son côté, nous développions tel ou tel point, dans des directions différentes, nous mélangions les écritures, nous avons créé des mots chaque fois que nous en avions besoin. Le livre, parfois, prenait une forte cohérence qui ne s’expliquait plus ni par l’un ni par l’autre.
C’est que nos différences nous desservaient, mais nous servaient encore plus. Nous n’avons jamais eu le même rythme. Félix me reprochait de ne pas réagir aux lettres qu’il m’envoyait : c’est que je n’étais pas en mesure, sur le moment. Je n’étais pas capable de m’en servir que plus tard, un ou deux mois après, quand Félix était passé ailleurs. Et dans nos réunions, nous ne parlions jamais ensemble : l’un parlait, et l’autre écoutait. Je ne lâchais pas Félix, même quand il en avait assez, mais Félix me poursuivait, même quand je n’en pouvais plus. Peu à peu, un concept prenait une existence autonome, que nous continuions parfois çà comprendre de manière différente (par exemple nous n’avons jamais compris de la même façon le « corps sans organes »). Jamais le travail à deux n’a été une uniformisation, mais plutôt une prolifération, une accumulation de bifurcations, un rhizome. Je pourrais dire à qui revient l’origine de tel ou tel thème, de telle ou telle notion : selon moi, Félix avait de véritables éclairs, et moi, j’étais une sorte de paratonnerre, j’enfouissais dans la terre, pour que ça renaisse autrement, mais Félix reprenait, etc., et ainsi nous avancions.
Pour Mille Plateaux, ce fut encore différent. La composition de ce livre est beaucoup plus complexe, les domaines traités, beaucoup plus variés, mais nous avions acquis de telles habitudes que l’un pouvait deviner où l’autre allait. Nos conversations comportaient des ellipses de plus en plus nombreuses, et nous pouvions établir toutes sortes de résonances, non plus entre nous, mais entre les domaines que nous traversions. Les meilleurs moments de ce livre, quand nous le faisions, ce fut : la ritournelle et la musique ; la machine de guerre et les nomades ; le devenir-animal. Là, sous l’impulsion de Félix, j’avais l’impression de territoires inconnus où vivaient d’étranges concepts. C’est un livre qui m’a rendu heureux, et que, pour mon compte, je n’arrive pas à épuiser. N’y vois aucune vanité, je parle pour moi, pas pour le lecteur. Ensuite, Félix et moi, il a bien fallu que chacun de nous retravaille de son côté, pour reprendre son souffle. Mais je suis persuadé d’une chose, nous allons de nouveau travailler ensemble.
Voilà, cher Uno, j’espère avoir répondu à une partie de tes questions. Bien à toi.

jueves, 7 de enero de 2016

Rainer Maria Rilke: un refugio para Etty Hillesum




Etty Hillesum

Etty Hillesum, una joven judía holandesa muerta en Auschwitz, autora de escritos conmovedores, hizo de los poemas y cartas de Rilke su libro de cabecera. Allí encontró inspiración para conducir su vida, como escribe en su diario: “Rilke ha sido uno de mis grandes maestros en el año transcurrido, cada instante me lo confirma”. En la última página de este diario, redactada el 17 de octubre de 1942, inmediatamente antes de que la encierren en el campo de Westerbork, del que saldrá hacia Auschwitz, se pregunta sobre el papel que desempeña el poeta en su existencia, y escribe:
Era un hombre frágil, que escribió buena parte de su obra entre los muros de castillos donde era acogido, y si él hubiera tenido que vivir en las condiciones que nosotros conocemos hoy, quizá no hubiese resistido. Pero ¿no es justo y razonable que en épocas de paz y circunstancias favorables, los artistas de mayor sensibilidad dispongan del tiempo necesario para buscar con entera serenidad la forma más bella y la más adecuada a la expresión de sus intuiciones más profundas, para que quienes viven en tiempos turbulentos, devoradores, puedan reconfortarse con sus creaciones, y encontrar así un refugio ya preparado para sus angustias y para las preguntas que no saben ni expresar ni resolver, al tener todas sus energías comprometidas en las miserias de cada día?
Tzvetan Todorov,
Los aventureros del absoluto
(E. Hillesum, Une vie bouleversée)

lunes, 4 de enero de 2016

Lettre d’Albert Camus à René Char







Mon cher René,
Oui, je crois comprendre ­— et je suis avec vous. La vérité est qu’il faut rencontrer l’amour avant de rencontrer la morale. Ou sinon, les deux périssent. La terre est cruelle. Ceux qui s’aiment devraient naître ensemble. Mais on aime mieux à mesure qu’on a vécu et c’est la vie elle-même qui sépare l’amour. Il n’y a pas d’issue — sinon la chance, l’éclair — ou la douleur. […]
Je vous écris du lit. Une rechute de ma vieille maladie. Six semaines à l’horizontale et puis ce seront des mois de montagne. Le retranchement est difficile. J’ai passé l’âge du rêve. Et puis mon effort constant a été de repousser la solitude, la différence, l’intime. Je voulais être avec. Mais il y a une destinée, c’est là ma seule croyance. Et pour moi, elle est dans cette lutte où rien n’est facile.
Je vous écris comme à mon ami, et à mon frère. Mais ne me croyez pas trop triste, vous savez que j’ai de la philosophie. Je fais des vœux les plus chaleureux et j’appelle la chance sur vous…
À bientôt, avec toute mon affection.
Albert Camus





domingo, 3 de enero de 2016

Rainer Maria Rilke

III


Viareggio, cerca de Pisa (Italia), a 23 de abril de 1903





Me ha causado gran alegría, estimado y distinguido señor, con su carta de Pascua, que me revela lo mucho de bueno que tiene usted. La forma en que me habla del grande y dilecto arte de Jacobsen me demuestra que no estuve desacertado al querer encaminar su vida, con sus múltiples problemas, hacia esa fuente de riqueza y plenitud.
Ante usted abrirase ahora Niels Lyhne, libro lleno de maravillas y de honduras. Cuanto más se lee, más parece que todo está contenido en él: desde el perfume más sutil de la vida, hasta el rico e intenso sabor de sus frutos más grávidos. Ahí no hay nada que no haya sido captado, comprendido, sentido. Nada que no haya sido descubierto y reconocido entre las trémulas resonancias del recuerdo. Ningún suceso vivido, por insignificante que parezca, es tenido en poco. El más pequeño lance, el episodio más nimio, se desarrolla cual si fuese todo un destino. Y hasta el destino mismo es como un tejido amplio y maravilloso, en cuya trama cada hilo es guiado con infinita ternura por una mano cariñosa, y colocado a la vera de otro hilo, para ser sostenido y conllevado por otros mil.
Usted sentirá la dicha de leer este libro por primera vez, e irá adelantándose por entre sus innumerables sorpresas como en un sueño jamás soñado antes. Mas yo puedo asegurarle que siempre se vuelve a pasar con igual asombro a través de tales libros, sin que nunca lleguen a desprenderse de su poder prodigioso, ni pierdan nada del mágico encanto en que por primera vez envolvieron al lector. Es cada vez más intenso el deleite que nos brindan y más honda nuestra gratitud hacia ellos. De algún modo nos volvemos mejores y más sencillos en el mirar; se hace también más profunda nuestra fe en la vida, y en la vida misma llegamos a ser más venturosos, más nobles.
Luego debe leer usted el admirable libro que nos cuenta el destino y los anhelos de María Grubbe, así como las cartas de Jacobsen, las hojas de su diario, los fragmentos. Y, por último, sus versos, que aunque no muy bien traducidos, viven y vibran con resonancias infinitas. Le aconsejaría que cuando usted tuviera alguna oportunidad para ello, comprara la bella edición de las obras completas de Jacobsen, que contiene todo eso. Ha sido publicada una buena traducción en tres tomos por el editor Eugen Diederichs de Leipzig; creo que su precio es de cinco o seis marcos por cada tomo.
Desde luego, con su parecer acerca de Aquí deben florecer rosas, esa obra de incomparable finura y forma, tiene usted sin duda toda la razón contra quien escribió el prólogo. Deseo que desde ahora y aquí mismo quede formulado este ruego: lea lo menos posible trabajos de carácter estético-crítico: o son dictámenes de bandería, que por su rigidez y su falta de vida han llegado a petrificarse y a perder todo sentido, o bien tan sólo hábiles juegos de palabras, en que prevalece hoy una opinión y mañana la contraria. Las obras de arte viven en medio de una soledad infinita, y a nada son menos accesibles como a la crítica. Sólo el amor alcanza a comprenderlas y hacerlas suyas: sólo él puede ser justo para con ellas. Dese siempre la razón a sí mismo y a su propio sentir, frente a todas esas discusiones, glosas o introducciones. Si luego resulta que no está en lo cierto, ya se encargará el natural desarrollo de su vida interna de llevarle paulatinamente y con el tiempo hacia otros criterios. Deje que sus juicios tengan quedamente y sin estorbo alguno su propio desenvolvimiento. Como todo progreso, éste ha de surgir desde dentro, desde lo más profundo, sin ser apremiado ni acelerado por nada. Todo está en llevar algo dentro hasta su conclusión, y luego darlo a luz; dejar que cualquier impresión, cualquier sentimiento en germen, madure por entero en sí mismo, en la oscuridad, en lo indecible, inconsciente e inaccesible al propio entendimiento: hasta quedar perfectamente acabado, esperando con paciencia y profunda humildad la hora del alumbramiento, en que nazca una nueva claridad. Este y no otro es el vivir del artista: lo mismo en el entender que en el crear. 
Ahí no cabe medir por el tiempo. Un año no tiene valor y diez años nada son. Ser artista es: no calcular, no contar, sino madurar como el árbol que no apremia su savia, mas permanece tranquilo y confiado bajo las tormentas de la primavera, sin temor a que tras ella tal vez nunca pueda llegar otro verano. A pesar de todo, el verano llega. Pero sólo para quienes sepan tener paciencia, y vivir con ánimo tan tranquilo, sereno, anchuroso, como si ante ellos se extendiera la eternidad. Esto lo aprendo yo cada día. Lo aprendo entre sufrimientos, a los que, por ello, quedo agradecido. ¡La paciencia lo es todo!
Richard Dehmel4: Con sus libros -dicho sea de paso, también con el hombre- me ocurre esto: En cuanto doy con una de sus bellas páginas, siento siempre temor ante la próxima, que tal vez pueda destruirlo todo y trastrocar lo que es digno de aprecio en algo indigno. Lo ha caracterizado usted muy bien con las palabras "vivir y crear como en celo". Así es: el vivir las cosas como las vive el artista se halla tan increíblemente cerca del mundo sexual, del sufrimiento y del goce que éste entraña, que ambos fenómenos no son, bien mirados, sino distintas formas de un mismo anhelo, de una misma bienandanza. Y si en lugar de celo se pudiera decir "sexo", en el sentido elevado, amplio y puro de este concepto, libre y por encima de todas las sospechas con que haya podido enturbiarlo algún error o prejuicio dogmático, entonces el arte de Dehmel sería grandioso y de infinito valor. Grande es su fuerza poética y tan impetuosa como un impulso instintivo. Lleva en sí ritmos propios, libres de prejuicios y miramientos, y sale brotando de él cual de montañas en erupción.
Sin embargo, no parece que esta fuerza sea siempre del todo sincera, ni esté desprendida de toda afectación. (Pero en ello, por cierto, está una de las pruebas más duras, impuestas al genio creador, que debe permanecer siempre inconsciente de su propia valía, sin sospechar siquiera sus mejores virtudes, so pena de hacerles perder su candor y su pureza). Además, cuando esa fuerza del poeta, atravesando tumultuosamente todo su ser, alcanza los dominios del sexo, ya no encuentra al hombre tan puro como ella lo necesitaría. Pues ahí no hay un mundo sexual del todo maduro, puro, sino un mundo que no es bastante humano, que solo es masculino; que es celo, ebriedad, juicios y orgullos, con que el hombre ha desfigurado y gravado el amor. Por amar meramente como hombre y no como humano, hay en su modo de sentir el sexo algo estrecho, salvaje en apariencia, lleno de rencor y malquerer; algo meramente transitorio y falto de contenido eterno, que rebaja su arte, volviéndolo ambiguo y dudoso. De este arte, que no está sin mácula y lleva marcado el estigma del tiempo y de la pasión, poca cosa podrá subsistir y perdurar. (Esto mismo ocurre con casi todo arte). No obstante, podemos complacernos hondamente en cuanto ahí hay de grande. Sólo hay que procurar no perderse ni volverse partidario de ese mundo dehmeliano, tan lleno de angustias infinitas, confusión y desorden, que dista mucho de los destinos verdaderos. Estos hacen sufrir más que esas tribulaciones pasajeras; en cambio, dan mayor oportunidad para llegar a lo sublime y más valor para alcanzar lo eterno. 
En cuanto a mis propios libros, mi mayor gusto sería enviarle todos los que pudieran causarle alguna alegría. Pero soy muy pobre, y mis libros, una vez publicados, ya no me pertenecen. Ni siquiera los puedo comprar para darlos, como a menudo sería mi deseo, a quienes sabrían acogerlos con amor. Por esto le indico en una cuartilla los títulos y los editores de mis libros últimamente publicados -de los más recientes, se entiende, pues entre todos son ya unos doce o trece los que he dado a la imprenta-, y debo, estimado señor, dejar a su voluntad el encargar alguno de ellos, cuando se le presente la ocasión. 
Me es grato saber que mis libros están con usted. Adiós.
Su