domingo, 24 de enero de 2016

¿Pueden ser críticas las instituciones? Néstor García Canclini







Después de la temporada de los curadores y de los debates sobre su expandido papel en la producción, circulación y apreciación del arte, unos pocos emergen como pensadores y trascienden la reconceptualización de las obras y del espacio museal. Quienes vimos exposiciones curadas por Manuel Borja-Villel en la Fundación Tàpies, el MACBA y el Reina Sofía, habíamos percibido a un pensador clave sobre los dilemas contemporáneos del arte. Ahora, un libro de diálogos con Marcelo Expósito (Conversación con Manuel Borja-Villel, Turpial, 2015) expone su saber crítico y experimental que, quizá por haber entrado poco en claustros académicos, no había revelado la solidez y la originalidad conceptual de la que su programación museográfica ha dado evidencias.
En el primer capítulo, referido a su dirección de la Fundación Tàpies, cuenta cómo construyó, en un museo dedicado a un artista, narrativas que incluyeran al público, invitando a trabajar a Hans Haacke y Krzysztof Wodiczko. ¿Cómo hacer de una institución-homenaje personal un espacio de activación ciudadana, en una Barcelona empeñada en modernizarse y autofestejarse mediante el turismo y la especulación inmobiliaria? ¿Puede una institución cultural introducir las nuevas desigualdades suscitadas por la terciarización económica globalizada? Ni el embellecimiento de sus tradiciones o de la pobreza, ni la “utópica celebración de la ciudad canalla”, sino interferir en la imagen oficial de la ciudad olímpica para producir algún nuevo tipo de contrato social.
El desafío de disentir creció al dirigir el MACBA, el edificio encargado en los ochenta a Richard Meier para participar en la modernización de Barcelona y en el posicionamiento global de la ciudad. Sin desentenderse de esos objetivos, Borja-Villel los repensó desde el Raval, el barrio multicultural en el que está ese museo, y desde los públicos. Releyó la colección situando “el epicentro en los conflictos irresueltos de las décadas de 1960 y 1970”. Para contrarrestar la historia formalista del arte y del colonialismo, programó exposiciones con artistas y movimientos latinoamericanos (Víctor Grippo, Tucumán Arde, el grupo CADA de resistencia chilena) y con creadores europeos y estadounidenses con experiencias de calidad estética en la gestión de conflictos sociales. Imposible resumir aquí cómo persuadió al consorcio de poderes públicos y privados que sostiene el museo buscando capital simbólico en un comité internacional de expertos y pretendiendo que hubiera además un patronato “desde abajo”. Esto último no lo logró, pero pudo abrir la institución articulando una red de colaboradores informales y movimientos de protesta, y así equilibró la participación de especialistas y ciudadanos: consiguió “modificar la institucionalidad con el fin de hacerle producir un tipo de política para la que no está prevista”.
El relato de su actuación en el Museo Reina Sofía incluye reflexiones incitantes sobre lo que significa hoy producir lecturas historiográficas con una gran colección, sin jugadas empresariales —los museos franquicia, la ferialización de las bienales, ir a remolque de la gentrificación urbana— ni cayendo en la paradoja de dedicarse a elevar los valores de ciertos artistas “hasta el punto de que luego no puedan realizar determinadas exposiciones porque no alcanzan a pagar el precio que cuestan”. Son excepcionales las veinte páginas en las que argumenta la contextualización del Guernica en relación con el proceso de su creación con las fotos de Dora Maar, por qué exhibirlo casi como proyección fílmica (“representa la escena congelada de una gran agitación”) y qué significa restituir, más que la verdad intrínseca de la obra, el juego histórico de miradas y debates: por eso, la vecindad de Goya, Calder, películas hechas durante la Guerra Civil y una reconstrucción del dispositivo que originó el cuadro, o sea el pabellón español en la Exposición Internacional de París de 1937.
Estamos ante una de esas raras entrevistas-libro que no son memorias de un autor ni resumen de su biografía. Así como hizo Borja-Villel con el Museo Tàpies, la interlocución de Marcelo Expósito lleva al curador a elaborar un documento instigante sobre claves contemporáneas: la centralidad del espectador, los cruces posdisciplinarios del arte y la acción de las instituciones, junto a redes comunitarias que experimentan vías políticas pospartidarias.

sábado, 23 de enero de 2016

Lettre de Stendhal à Alexandrine Daru

24 juin 1811



… Que de fois ai-je pensé à vous dans tous les climats où la fortune m’a conduit ! Dans les murs d’Amasie comme sous les tentes du Soudan, je songeais à ces yeux charmants dont le sourire fait mon bonheur. Je ne vous vois jamais que je ne sois troublé pendant longtemps ; quand enfin je reviens à moi et que j’ose vous regarder, je ne vois que cette politesse aimable qui vous gagne tous les cœurs et vous a rendue célèbre dans l’Orient.
Elle me fait repentir sans cesse mon amour. Je me répète qu’il faut être bien étourdi pour attacher son bonheur à être aimé d’une femme qui n’a pas le temps d’aimer, et qui d’ailleurs ne me distingue pas de tous ceux qui l’approchent. Souvent, plein de dépit contre moi-même et d’humiliation, je reviens à Constantinople bien résolu à vous fuir, et à chercher le plaisir où je le trouvais autrefois.
Je me reproche avec amertume le gauche et le ridicule dont je suis auprès de vous. Il me semble que mon esprit d’entreprise fait rire vos amies. Je cherche à me consoler en me conduisant moins mal auprès d’autres femmes mais je trouve auprès d’elle le froid le plus glacial, je ne mettrais nul prix à leur amour. C’est être aimé de vous qui ferait mon bonheur et qui, même sans cela, flatterait mon amour propre de la manière la plus sensible. Vous m’avez dit que vous n’avez point aimé ; il me semble, depuis ce moment, qu’il n’y a pas de gloire à s’entendre dire qu’on est aimé, par une bouche accoutumée à le dire.
Je sens toute la difficulté de mon entreprise, et j’ose croire que, quelque timidité que je montre, malgré moi, dans ce qui est de ma passion, vous me supposer assez de fermeté pour venir à bout d’une chose où est tout mon bonheur. Je sais qu’un mot, qu’un regard indiscret me conduit, ainsi que vous, à une mort certaine. Je ne vous reproche point l’amabilité désoccupée dont vous êtes en public, je cherche à imiter votre indifférence, et si Bostargi Bacha fait espionner ma conduite, il doit me croire occupé de tout autre chose que de son esclave favorite.
Mais n’est-il pas mille signes indifférents pour tous les yeux, excepté pour ceux d’un amant fidèle ? J’ai gagné à force d’argent l’esclave qui vous portera ce billet. Il trouvera, dit-il, le moyen de le mettre dans votre main sans être aperçu, mais il tremble que vous ne le laissiez tomber ? Daignez songer que nous sommes environnés de tous les dangers, que tous les yeux du sérail sont tournés sur vous, que vous devez peut-être accorder quelque indulgence à une témérité qu’on ne se permettrait pas s’il existait un autre moyen de vous entretenir. Je suis sûr de l’adresse de cet esclave ; mais enfin, que deviendra-t-il si vous laissez tomber une des lettres qu’il vous remettra ? Ce n’est pas uniquement de l’indifférence pour ce qu’elle contiendrait que vous marqueriez, c’est sa tête et la vôtre que vous placeriez sous le sabre du sultan. Si jamais il y avait le moindre malentendu, si jamais vous craignez quelque chose de moi, songez qu’ici, que sans la présence d’esprit la plus froid je suis perdu, qu’enfin je ne suis tremblant que quand les yeux que j’adore sont tournés vers moi.
Il est possible que ce billet passe sous des yeux profanes, mais d’abord il est écrit en arabe, et ensuite j’y ai caché toutes les particularité qui pourraient vous faire soupçonner parmi toutes les esclaves du sérail. Mille moyens s’offrent pour la réponse, le meilleur de tous est le plus simple. Si un peu de pitié pour les tourments que je sens depuis si longtemps ne vous donne pas le courage de l’employer, laissez tomber cette lettre dans le premier buisson des roses qui se trouve du côté de la mer en sortant du harem qui l’y a mis, jetez dessus quelques gouttes d’encre au moment de la confier au rosier.
Dans tout autre moment, je ne demanderais pas de réponse à une lettre, mais, souffrez que je le répète, nous sommes dans une position extraordinaire ; joindrons-nous les obstacles qui viennent de quelques délicatesses d’amour-propre aux mille obstacles qui nous séparent ? Je ne vivrai pas jusqu’au moment où je reverrai ce billet.
Dois-je vous parler de constance, de tendresse, de dévouement éternel ? Il me semble que j’en parlerais sans peine à une autre ; mais à vous, Fatime, je ne sais comment amener l’expression de ces sentiments dont mon cœur est plein pour vous depuis si longtemps. Je suis bien malheureux que vous n’y croyiez pas, mais j’ose en appeler à votre propre cœur ; il peut ne pas partager mes sentients, mais j’ose penser qu’il y croit et qu’il en a vu cent fois l’expression.


J’ai adouci les traits de cette lettre, il y a ici plus d’orgueil que d’amour, j’y ai fait entrer un peu de cette passion que j’ai pour elle quand les perpétuels projets que je fais pour lui plaire me laissent tranquille.

viernes, 22 de enero de 2016

Lettre dédicace de Marguerite Duras






1984
Le libre aurait pu s’intituler : l’Amour dans la rue ou Le Roman de l’amant ou L’Amant recommencé. Pour finir on a eu le choix entre deux titres plus vastes, plus vrais : L’Amant de la Chine du Nord ou La Chine du Nord.
J’ai appris qu’il était mort depuis des années. C’était en mai 90, il y a donc un an maintenant. Je n’avais jamais pensé à sa mort. On m’a dit aussi qu’il était enterré à Sadec, que la maison bleue était toujours là, habitée par sa famille et des enfants. Qu’il avait été aimé à Sadec pour sa bonté, sa simplicité et qu’aussi il était devenu très religieux à la fin de sa vie.
J’ai abandonné le travail que j’étais en train de faire. J’ai écrit l’histoire de L’amant de le Chine du Nord et de l’enfant : elle n’était pas encore là dans L’Amant, le temps manquait autour d’eux. J’ai écrit ce livre dans le bonheur fou de l’écrire. Je suis restée un an dans ce roman, enfermée dans cette année-là de l’amour entre le Chinois et l’enfant.
Je ne suis pas allée au-delà du départ de paquebot de ligne, c’est-à-dire le départ de l’enfant.
Je n’avais pas imaginé du tout que la mort du Chinois puisse se produire, la mort de son corps, de sa peau, de son sexe, de ses mains. Pendant un an j’ai retrouvé l’âge de la traversée du Mékong dans le bac de Vinh-Long.
Cette fois-ci au cours du récit est apparu tout à coup, dans la lumière éblouissante, le visage de Thanh ­— et celui du petit frère, l’enfant indifférent.
Je suis restée dans l’histoire avec ces gens et seulement avec eux.
Je suis redevenue un écrivain de romans.



miércoles, 20 de enero de 2016

La comida que tú comes y las cosas que tú piensas, Scott Fitzgerald


Francis Scott Fitzgerald en uniforme
Querido Bob,
Tu carta me sulfuró a tal punto que te contesto de inmediato. ¿Cuál es toda esa “verdadera gente” que “genera negocios y política” y cuya aprobación debería codiciar tanto? ¿Te refieres a los especuladores que acumulan azúcar en sus depósitos para que la gente tenga que abstenerse, o a los canallas que gracias al soborno y la preparación universitaria se las arreglan para manejar elecciones? Ni siquiera puedo levantar el diario sin ver que alguna de esa “verdadera gente”, a la que no se conforma sólo con “una mente brillante” (te cito), acaba de irse una temporada a Sing Sing. Brindell y Hegerman, dos pilares de la sociedad, salieron esta mañana.
¿Quién demonios respetó alguna vez a Shelley, Whitman, Poe, O’Henry, Verlaine, Swinburne, Villon, Shakespeare, etc. cuando estaban vivos? A Shelley y a Swinburne los echaron del colegio; Verlaine y O’Henry estuvieron presos. El resto fueron borrachos o libertinos, algo que la gente decente no toleraría, según les decían regularmente los comerciantes, los políticos insignificantes y los mesías baratos de la época. Los mercaderes, y mesías, los astutos y los obtusos, son polvo… y los otros siguen viviendo.
Ocasionalmente, un hombre como Shaw -a quien llamaron un inmoral cincuenta veces peor que yo en los 90- vive lo suficiente como para que el mundo crezca y se ponga a su altura. Lo que él creía en 1890 era una herejía en ese entonces; ahora es casi respetable. Creo que me dejé dominar demasiado tiempo por “autoridades” -el director Newman, el de St. Paul, el de Princeton, mi jefe de regimiento, mi jefe en el trabajo- que no sabían más que yo. De hecho, diría que esos cinco eran claramente mis inferiores mentales. ¡Y eso es todo lo que cuenta! Los Rousseau, Marx y Tolstoi -hombres de pensamiento, te hago notar, hombres “imprácticos”, “idealistas”- hicieron más para decidir la comida que  comes y las cosas que  piensas y haces que todos los millones de Roosevelt y Rockefller que se pavonean 20 años balbuceando frases 100% americano (lo cual significa 99% pueblerino idiota) y mueren con una lisonjita complaciente al Dios ridículo y cruel que instalaron en su corazón.
Francis Scott Fitzgerald
Carta a Robert D.Clark
9 de febrero, 1921
Foto: Francis Scott Fitzgerald en uniforme militar, 1917

Jean-Paul Sartre, Les mots, Gallimard, 1964







"Je suis un chien : je bâille, les larmes roulent, je les sens rouler. Je suis un arbre, le vent s'accroche à mes branches et les agite vaguement. Je suis une mouche, je grimpe le long d'une vitre, je dégringole, je recommence à grimper. Quelquefois, je sens la caresse du temps qui passe, d'autres fois — le plus souvent — je le sens qui ne passe pas. De tremblantes minutes s'affalent, m'engloutissent et n'en finissent pas d'agoniser; croupies mais encore vives, on les balaye, d'autres les remplacent, plus fraîches, tout aussi vaines; ces dégoûts s'appellent le bonheur; ma mère me répète que je suis le plus heureux des petits garçons. Comment ne la croirais-je pas puisque c'est vrai? A mon délaissement je ne pense jamais; d'abord il n'y a pas de mot pour le nommer; et puis je ne le vois pas: on ne cesse pas de m'entourer. C'est la trame de ma vie, l'étoffe de mes plaisirs, la chair de mes pensées".






Dominio de la parte inventada ENRIQUE VILA-MATAS




Lo acaban de editar, pero al verlo el otro día creí que era un libro de cabecera que había estado ahí siempre. No te conozcas a ti mismo, de Moisés Mori, lo componen tres ensayos independientes sobre NervalSchwob y Raymond Roussel, y ya en el mismo subtítulo se detecta una música familiar en cuanto caen, en grave letanía, los nombres de estos tres creadores de ficción. Un aire de rara belleza, cómica y trágica a la vez, parece unirlos. Roussel, por ejemplo, decía sangrar en cada frase que escribía de Locus Solus. En cuanto a Nerval, se ahorcó en un callejón y, horas después, el sombrero permanecía firme en su oscilante cabeza.
Creadores de ficción, he dicho. Y no se me escapa que la ficción, como si sonara a condado antiguo, la sitúan ya algunos en una remota región del país de los ficticios. Se promociona hoy el relato llamado verídico en detrimento de la invención literaria. Indiferente a esto –sólo faltaría–, Mori va desplegando ante el lector la viva relación que sostiene con tres de sus autores de cabecera, tres reyes secretos de lo imaginario. La perfecta relación se observa en su tendencia al vaivén entre la imaginación y la imitación escrupulosa de la realidad, en su búsqueda de márgenes donde inscribir sus dudas, en su pasión por la inventiva.
Aun cuando el libro se titule No te conozcas a ti mismo (KRK ediciones), nos va dando Mori discretas pistas sobre sí mismo y el soporte moral y estético de su propia obra. Leerle es comprobar que, en un momento en el que se intenta extender el dominio de la “no-ficción” (vista esta no como un ensayo, sino, por ejemplo, como un relato “basado en hechos reales”), aún se puede hablar sin complejos de las invenciones literarias, de las ficciones.
Hay de todo en la vertiente documental de la no-ficción, y por supuesto muchas obras, que de hecho tienen un corte más periodístico que literario, son de gran calado (Alexiévich, sin ir más lejos). Pero algunos pensamos que “la realidad”, que tendría que ir siempre entrecomillada, se descifra mejor a través de la ficción. Recuérdese que Montaigne, Cervantes, Kafka, lucharon contra cualquier forma de impostura en un épico combate de evidente acento paradójico, pues vivieron anegados hasta el cuello en el mundo de la ficción. Ese recuerdo convierte en aún más cargante el artificial descrédito actual de las tramas y vidas imaginarias.
Coincidimos con Juan Marsé cuando dice que hablar, por ejemplo, de una novela “basada en hechos reales” no significa nada, porque toda obra de ficción, por fantástica que sea, tiene siempre una raíz en la realidad. Es más, añade Marsé, si algo va a quedar en el futuro de lo que hacemos será la parte inventada, y si algo tendrá belleza será esa parte inventada. De todo esto habla también el libro de Mori. De eso, y de la creación de segundas vidas a personajes reales. De la invención, en general. No por nada, Rodrigo Fresán le dio el título de La parte inventada a su última y magnífica novela, una alta victoria de la imaginación.