domingo, 31 de enero de 2016

Lettre de Rainer Maria Rilke à Lou Andreas-Salomé

13 novembre 1905




Chère Lou,
Cela me touche étrangement qu’il y ait maintenant une patrie autour de toi, une maison remplie de ta présence, un jardin qui vit de toi, un espace qui t’appartient ; oui, je comprends que tout cela ait été et n’ait pu qu’être lent à advenir : car ton univers exige la réalité et a la force de l’exiger ; le premier et lointain Loufried était presque comme un rêve, légèrement fragile et plein de choses anticipées ; mais il tenait à toi, et quand tu venais, la maison était grande et le jardin sans fin. C’est ce que j’éprouvais alors, et je sais aujourd’hui que c’est justement l’infinie réalité qui t’entourait qui constitua pour moi l’événement le plus profond de cette époque indiciblement bonne, grande et généreuse ; le processus de métamorphose qui s’empara alors de moi en mille endroits à la fois émanait de ton existence indiciblement réelle. Jamais, dans mes timides tâtonnements, je n’avais autant senti l’être, autant cru à la présence et autant admis l’avenir ; tu étais l’antithèse de tous les doutes et pour moi une preuve que tout ce que tu touches, atteins et regardes existe. Le monde perdit pour moi son caractère nébuleux, cette façon flottante de se former et de se décomposer qui fut la manière et la pauvreté de mes premiers vers ; des choses advinrent, des bêtes que l’on discernait, des fleurs qui existaient ; j’appris une simplicité, j’appris avec lenteur et difficulté que tout est simple, et j’acquis la maturité pour parler des choses simples.
Et tout cela se produisit parce qu’il m’a été accordé de te rencontrer à un moment pour la première fois je courais le danger de m’abandonner à l’informe. Et si ce danger ne cesse de revenir d’une façon ou d’une autre et sous une forme de plus en plus adulte, le souvenir de toi, la conscience de toi grandissent cependant en moi au point de devenir immenses. A Paris, pendant ces journées extrêmement difficiles où toutes les choses se retiraient de moi comme d’un homme devenant aveugle, où je tremblais de l’angoisse de ne plus reconnaitre le visage de mon prochain, je me raccrochais au fait que toi, je te reconnaissais encore en mon for intérieur, que ton image ne m’était pas devenue étrangère, qu’elle ne s’était pas éloignée comme tout le reste, mais se maintenait seule dans le vide étranger où j’étais contraint de vivre.
Et ici aussi, au milieu du déchirement avec lequel j’ai renoué, tu as été le lieu sûr auquel mon regard est resté fixé.
Je comprends si bien que les choses viennent à toi comme les oiseaux retournent au nid lointain quand le soir tombe. Mille lois, grandes et petites, se sont accomplies avec la maison qui s’est construite autour de toi. Je suis si heureux qu’elle existe, et j’ai l’impression que ses effets bienfaisants me parviennent jusqu’ici.
Mon combat, Lou, et mon péril consistent en ceci que je ne puis devenir réel, qu’il y a toujours des choses qui me nient, des événements qui me traversent, plus réels que moi, comme si je n’existais pas. Autrefois, j’ai cru qu’un mieux surgirait le jour où j’aurais une maison, une femme et un enfant, toutes choses réelles et irréfutables ; j’ai cru que cela me rendrait plus visible, plus tangible, plus concret. Tu vois, Westerwede existait, était réel : car j’ai construit moi-même la maison et tout fait à l’intérieur. Mais c’était une réalité en dehors de moi, je n’étais ni intégré à elle ni confondu avec elle. Et maintenant que cette petite maison avec ses belles chambres silencieuses n’existe plus, le fait de savoir qu’il existe encore un être lié à moi et quelque part un petit enfant qui n’a rien de plus proche dans la vie que cet être et moi – cela me donne sans doute une certaine sécurité et l’expérience de beaucoup de choses simples et profondes -, mais cela ne m’aide pas à parvenir à ce sentiment de réalité, à cette égalité de condition à laquelle j’aspire tant : être quelqu’un de réel au milieu du réel.
C’est seulement pendant mes journées de travail (fort rares) que je deviens réel, que j’existe, que j’occupe l’espace comme une chose, pesant, gisant, tombant, et puis une main vient me relever. Inséré dans l’édifice d’une grande réalité, j’ai alors le sentiment d’être un élément important, posé sur des fondations profondes, encadré à droite et à gauche par d’autres portants. Mais chaque fois, après ces moments d’insertion, je redeviens la pierre rejetée au loin, si inerte que l’herbe de l’inaction a le temps de pousser sur elle. Et le fait que ces moments de rejet ne se fassent pas plus rares, mais soient au contraire quasi constants, ne doit-il pas m’angoisser ? Si je gis ainsi, complètement enseveli, qui me retrouvera sous tout ce qui me recouvre ? Et n’est-il pas possible que je me sois depuis longtemps effrité, presque pareil à la terre, presque aplani, si bien qu’il y a toujours un morne chemin de traverse pour me passer dessus ?
Il y a donc constamment devant moi cette unique tâche à laquelle je ne m’attèle toujours pas, bien que je doive le faire : trouver le chemin, la possibilité d’une réalité quotidienne…
J’écris cela, chère Lou, comme dans un journal intime, tout cela parce que je ne peux pas écrire de lettre maintenant mais n’en suis pas moins désireux de te parler. J’ai presque perdu l’habitude d’écrire, aussi pardonne-moi si cette manière de lettre est détestable et désordonnée. Peut-être n’y voit-on même pas qu’elle est emplie de joie à la pensée de ta maison et y apporte mille voeux. Mille. Tous.
Rainer.

sábado, 30 de enero de 2016

Lettre d’Anton Tchekhov à son collègue Plechtchéev





Je voudrais être un artiste libre […]. Je hais le mensonge et la violence sous toutes ses formes et je trouve également répugnants les secrétaires du consistoire. […] Le pharisaïsme, la stupidité et l’arbitraire ne règnent pas seulement dans la demeure des marchands et dans les mitards, je les vois dans la science, la littérature, parmi la jeunesse…
C’est pourquoi je n’ai de penchant particulier ni pour les gendarmes, ni pour les bouchers, ni pur les savants, ni pour les écrivains, ni pour les jeunes. Je tiens les étiquettes et les marques de fabriques pour des préjugés. Mon saint des saints, c’est le corps humain, la santé, l’intelligence, le talent, l’inspiration, l’amour et la liberté la plus absolue, la liberté vis-à-vis de la force et du mensonge, où qu’ils se manifestent.








martes, 26 de enero de 2016

Lettre de Gérard de Nerval à Aurélia




1853-1854



Ah ! ma pauvre amie, je ne sais quels rêves vous avez faits ; mais moi, je sors d’une nuit terrible. Je suis malheureux par ma faute, peut-être, et non par la vôtre ; mais je le suis. Oh ! peut-être vous avez eu déjà quelques bonnes intentions pour moi ; mais je les ai laissées perdre et je me suis exposé à votre colère. Grand Dieu ! excusez mon désordre, pardonnez-moi les combats de mon âme. Oui, c’est vrai, j’ai voulu vous le cacher en vain, je vous désire autant que je vous aime ; mais je mourrais plutôt que d’exciter encore une fois votre mécontentement.
Oh ! pardonnez ! je ne suis pas volage, moi ; depuis trois ans, je vous suis fidèle, je le jure devant Dieu ! Si vous tenez un peu à moi, voulez-vous m’abandonner encore à ces vaines ardeurs qui me tuent ? Je vous avoue tout cela pour que vous y songiez plus tard ; car je vous l’ai dit, quelque espoir que vous ayez bien voulu me donner, ce n’est pas à un jour fixe que je voudrais vous obtenir : mais arrangez les choses pour le mieux. Ah ! je le sais, les femmes aiment qu’on les force un peu ; elles ne veulent pas paraître céder sans contrainte. Mais songez-y, vous n’êtes pas pour moi comme les autres femmes ; je suis plus peut-être pour vous que les autres hommes ; sortons donc des usages de la galanterie ordinaire. Que m’importe que vous ayez été à d’autres, que vous soyez à d’autres peut-être !
Vous êtes la première femme que j’aime et je suis peut-être le premier homme qui vous aime à ce point. Si ce n’est pas là une sorte d’hymen que le ciel bénisse, le mot amour n’est qu’un vain mot ! Que ce soit donc un hymen véritable où l’épouse s’abandonne en disant : « C’est l’heure ! »… Il y a de certaines formes de forcer une femme qui me répugnent. Vous le savez, mes idées sont singulières ; ma passion s’entoure de beaucoup de poésie et d’originalité ; j’arrange volontiers ma vie comme un roman, les moindres désaccords me choquent et les modernes manières que prennent les hommes avec les femmes qu’ils ont possédées ne seront jamais les miennes. Laissez-vous aimer ainsi ; cela aura peut-être quelques douceurs charmantes que vous ignorez. Ah ! ne redoutez rien, d’ailleurs, de la vivacité de mes transports ! Vos craintes seront toujours les miennes et de même que je sacrifierais toute ma jeunesse et ma force au bonheur de vous posséder, de même aussi mon désir s’arrêterait devant votre réserve, comme il s’est arrêté si longtemps devant votre rigueur.
Ah ! ma chère et véritable amie, j’ai peut-être tort de vous écrire ces choses, qui ne se disent d’ordinaire qu’aux heures d’enivrement. Mais je vous sais si bonne et si sensible que vous ne vous offenserez pas d’aveux qui ne tendent qu’à vous faire lire plus complètement dans mon cœur. Je vous ai fait bien des concessions ; faites-m’en quelques-unes aussi. La seule chose qui m’effraie serait de n’obtenir de vous qu’une complaisance froide, qui ne partirait pas de l’attachement, mais peut-être de la pitié. Vous avez reproché à mon amour d’être matériel ; il ne l’est pas, du moins dans ce sens ! Que je ne vous possède jamais si je dois n’avoir dans mes bras qu’une femme résignée plutôt que vaincue. Je renonce à la jalousie ; je sacrifie mon amour-propre ; mais je ne puis faire abstraction des droits secrets de mon cœur sur un autre. Vous m’aimez, oui, beaucoup moins que je ne vous aime sans doute ; mais vous m’aimez, et, sans cela, je n’aurais pas pénétré aussi avant dans votre intimité. Eh bien ! vous comprendrez tout ce que je cherche à vous exprimer : autant cela serait choquant pour une tête froide, autant cela doit toucher un cœur indulgent et tendre.
Un mouvement de vous m’a fait plaisir, c’est que vous avez paru craindre un instant, depuis quelques jours, que ma constance ne se fût démentie. Ah ! rassurez-vous ! j’ai peu de mérite à la conserver : il n’existe pour moi qu’une seule femme au monde !

lunes, 25 de enero de 2016

El Quijote' empleó casi 23.000 palabras diferentes. Hoy un ciudadano medio utiliza 5.000_ALEJANDRA ELORZA



"Ínclitas razas ubérrimas", escribe Rubén Darío al comienzo de su 'Salutación del optimista'. Miguel Sosa era un niño cuando se encontró con este primer verso y solo entendió la palabra razas. La curiosidad lo llevó a coger el diccionario y buscar el significado de ínclitas y ubérrimas y desde ese momento ya no se separó de él.
La pasión por las palabras se convierte en el "cultipicaño" 'El pequeño libro de las 500 palabras para parecer más culto'(Alienta), "un pequeño paso a favor de la lectura y un gran paso en contra de la estulticia", en palabras del autor. 500 palabras ejemplificadas con citas literarias de más de doscientos autores y doce premios Nobel, 500 palabras que conocía y que reunió a partir de los vocablos que cada mañana mandaba al grupo de 'whatsapp' de sus amigos. Y para parecer, porque según Miguel Sosa el título conlleva su crítica social: "Antes la mujer del César tenía que ser honrada y parecerlo. Ahora el hábito hace al monje".
Su palabra preferida es "vagido", el llanto de un bebé, pero también le gusta "evanescente", como la condición del ser humano. La que más fea le parece es "clinero", persona que vende por la calle pañuelos de papel, aunque "pasagonzalo", golpe pequeño dado con la mano y, particularmente, en las narices, admite que "tiene su guasa". "Cederrón" le suena horrible, y no es más que la castellanización de CD-ROM. También hay significados que le parecen inadmisibles, como el de "periquear", dicho de una mujer que disfruta "de excesiva libertad". "¿Excesiva libertad? Eso no existe, lo que existe es la privación de libertad", reivindica.
"Estamos perdiendo la curiosidad. Ahora, cuando digo una palabra poco común, rara vez me preguntan por su significado y cuando lo hacen me dicen: ¡Qué pedante! ¿Tu ignorancia es mi pedantería?", se pregunta Miguel Sosa, quien cree que la palabra es anterior al pensamiento y que "la distancia que va de la mente a la boca es la que nos permite no llorar cuando escribimos un texto dramático".
Cervantes en 'El Quijote' empleó casi 23.000 palabras diferentes. Hoy un ciudadano medio utiliza unas 5.000. "Es muy difícil encontrar el término 'uxoricida' en un medio de comunicación y, por desgracia, más de 50 veces al año es noticia. Es un hombre que mata a su mujer. No usar esa palabra nos empobrece. Si reducimos nuestro vocabulario se empobrece nuestro pensamiento y, en consecuencia, somos menos críticos", cuenta con desazón Sosa.
"Hay una drástica y dramática reducción del vocabulario", continúa Miguel, quien cree que la mejor reserva del español está en Latinoamérica. Opina que los medios utilizan el mismo lenguaje estandarizado que se emplea en la calle y, planteada la cuestión de si ante un texto complejo se corre el riesgo de que el lector lo deseche, dice convencido que "cuando uno quiere siempre encuentra una razón y cuando no una excusa porque el diccionario está al alcance de todos"
Sobre las redes sociales también lo tiene claro: "Hay faltas de ortografía en Internet con las que te sangran los ojos, pero el lenguaje lo descuida el usuario y no la plataforma, y cree que la limitación de espacio en Twitter no potencia la despreocupación por el lenguaje sino la capacidad de síntesis. La economía del lenguaje es una de las bellezas del idioma". 
Las palabras nacen, mueren y se reinventan. Se introducen nuevas acepciones por los significados que la sociedad les da. Un ejemplo. Petar según la RAE significa agradar, pero actualmente significa lleno (este sitio está petado) o éxito (Silvia lo petó con su nuevo tema). En un futuro, petar tendrá tercera y cuarta acepción. "El diccionario es producto de nuestro tiempo y el lenguaje es como el amor: se hace".
"Querido es amasio, mi novia es mi oíslo y te puedo dar un abrazo o un amplexo. Tus ojos son melifluos, pero él es ojizarco. La rodaja de limón de mi bebida se llama luquete, la espuma de cerveza que de aquel señor es el giste y lo que llevas en el lóbulo son zarcillos, que es mucho más bonita que la palabra pendiente. No hay dos palabras iguales en el castellano, cada una tiene su matiz, y por eso la entrevista con EL MUNDO la señalo en el calendario, pero un viaje con mi novia decorará un mi almanaque".

domingo, 24 de enero de 2016

Borges habla por todos los escritores, Graham Greene


Borges y su madre
Quisiera rememorar aquí la ocasión en que conocí a Borges. Me invitó a almorzar con él mi amiga Victoria Ocampo, y me indicó que pasara a recogerlo por la Biblioteca Nacional, debido a su ceguera, para acompañarlo al piso en que vivía ella. Casi en el momento mismo en que se cerraron tras nosotros las puertas de la Biblioteca Nacional comenzamos a hablar de literatura. Borges habló de la influencia que G.K.Chesterton había tenido en su obra, así como de la influencia que Robert Louis Stevenson tuvo en sus últimos cuentos. Dijo que la prosa de Stevenson había supuesto una enorme influencia. Entonces introduje un comentario mío. Robert Louis Stevenson había escrito como mínimo un buen poema, un poema acerca de sus antepasados. Sus antepasados habían construido los grandes faros de la costa de Escocia, y yo sabía que los antepasados era en general un tema de especial interés para Borges. El poema comenzaba así:
Say not of me that weakly I declined
The labour of my sires, and fled the sea,
The towers we founded and the lamps we lit,
To play at home with paper like a child.*
Estábamos en una calle bonaerense muy ruidosa, llena de gente. Borges se detuvo en el bordillo de la acera y me recito el poema entero, palabra a palabra, a la perfección. Después de un grato almuerzo, se sentó en un sofá y citó al pie de la letra largos fragmentos de la literatura anglosajona antigua. Mucho me temo que no fui capaz de seguirle por esos derroteros, pero le miré a los ojos mientras recitaba, y me asombró la expresión de aquellos ojos ciegos. No parecían ciegos en absoluto. Daba la impresión de que estuvieran mirando a su interior de manera muy curiosa, y denotaban una gran nobleza.
Borges también tenía este sentimiento por los ancestros, por los gauchos del pasado. Sus últimos cuentos están repletos de historias relativas a los gauchos, y en uno de ellos escribió lo siguiente: “Así como los hombres de ciertos países sienten con verdadera adoración la vocación del mar, nosotros los argentinos anhelamos la ilimitadas planicies que resuenan bajo los cascos de un caballo”. Era un hombre de gran valentía. En cierta ocasión, durante la segunda época de Perón en el poder, cuando vivía con su anciana madre, recibió una misteriosa llamada telefónica. Una voz de varón dijo lo siguiente: “Vamos a matarte a tu madre y a ti”. La madre de Borges contestó: “Tengo noventa años, así que mejor será que vengan pronto. En cuanto a mi hijo, les será fácil porque es ciego.” Esta imagen da un acertado retrato, creo yo, de cómo era esa familia.
Para mí, Borges habla por todos los escritores. En sus libros, una y otra vez encuentro frases que resumen mi experiencia de escritor. Habla de la escritura como si fuera “un sueño guiado”, y en cierta ocasión escribió lo siguiente:
No escribo para una selecta minoría, término que para mí no significa nada, sino que escribo para esa adulada entidad platónica que llamamos “las masas”. No creo en ninguna de las dos abstracciones, tan caras para el demagogo. Escribo para mí y para mis amigos, y escribo para aplacar el paso del tiempo.
Creo que esa idea bastará para que todo escritor se sienta próximo a él.
Graham Greene
En recuerdo de Borges
De una breve charla en la Anglo-American Society, 1984 
Imagen: Leonor Acevedo y Jorge Luis Borges en su casa de la calle Maipú
*”No digáis de mí que, débil, decliné / los trabajos de mis mayores, y que huí del mar, / de las torres que erigimos, los faros que encendimos, / para jugar en casa, como un niño, con papel” R.L. Stevenson, De vuelta del mar. Poemas. Hiperión, 1980. Trad. Javier Marías

¿Pueden ser críticas las instituciones? Néstor García Canclini







Después de la temporada de los curadores y de los debates sobre su expandido papel en la producción, circulación y apreciación del arte, unos pocos emergen como pensadores y trascienden la reconceptualización de las obras y del espacio museal. Quienes vimos exposiciones curadas por Manuel Borja-Villel en la Fundación Tàpies, el MACBA y el Reina Sofía, habíamos percibido a un pensador clave sobre los dilemas contemporáneos del arte. Ahora, un libro de diálogos con Marcelo Expósito (Conversación con Manuel Borja-Villel, Turpial, 2015) expone su saber crítico y experimental que, quizá por haber entrado poco en claustros académicos, no había revelado la solidez y la originalidad conceptual de la que su programación museográfica ha dado evidencias.
En el primer capítulo, referido a su dirección de la Fundación Tàpies, cuenta cómo construyó, en un museo dedicado a un artista, narrativas que incluyeran al público, invitando a trabajar a Hans Haacke y Krzysztof Wodiczko. ¿Cómo hacer de una institución-homenaje personal un espacio de activación ciudadana, en una Barcelona empeñada en modernizarse y autofestejarse mediante el turismo y la especulación inmobiliaria? ¿Puede una institución cultural introducir las nuevas desigualdades suscitadas por la terciarización económica globalizada? Ni el embellecimiento de sus tradiciones o de la pobreza, ni la “utópica celebración de la ciudad canalla”, sino interferir en la imagen oficial de la ciudad olímpica para producir algún nuevo tipo de contrato social.
El desafío de disentir creció al dirigir el MACBA, el edificio encargado en los ochenta a Richard Meier para participar en la modernización de Barcelona y en el posicionamiento global de la ciudad. Sin desentenderse de esos objetivos, Borja-Villel los repensó desde el Raval, el barrio multicultural en el que está ese museo, y desde los públicos. Releyó la colección situando “el epicentro en los conflictos irresueltos de las décadas de 1960 y 1970”. Para contrarrestar la historia formalista del arte y del colonialismo, programó exposiciones con artistas y movimientos latinoamericanos (Víctor Grippo, Tucumán Arde, el grupo CADA de resistencia chilena) y con creadores europeos y estadounidenses con experiencias de calidad estética en la gestión de conflictos sociales. Imposible resumir aquí cómo persuadió al consorcio de poderes públicos y privados que sostiene el museo buscando capital simbólico en un comité internacional de expertos y pretendiendo que hubiera además un patronato “desde abajo”. Esto último no lo logró, pero pudo abrir la institución articulando una red de colaboradores informales y movimientos de protesta, y así equilibró la participación de especialistas y ciudadanos: consiguió “modificar la institucionalidad con el fin de hacerle producir un tipo de política para la que no está prevista”.
El relato de su actuación en el Museo Reina Sofía incluye reflexiones incitantes sobre lo que significa hoy producir lecturas historiográficas con una gran colección, sin jugadas empresariales —los museos franquicia, la ferialización de las bienales, ir a remolque de la gentrificación urbana— ni cayendo en la paradoja de dedicarse a elevar los valores de ciertos artistas “hasta el punto de que luego no puedan realizar determinadas exposiciones porque no alcanzan a pagar el precio que cuestan”. Son excepcionales las veinte páginas en las que argumenta la contextualización del Guernica en relación con el proceso de su creación con las fotos de Dora Maar, por qué exhibirlo casi como proyección fílmica (“representa la escena congelada de una gran agitación”) y qué significa restituir, más que la verdad intrínseca de la obra, el juego histórico de miradas y debates: por eso, la vecindad de Goya, Calder, películas hechas durante la Guerra Civil y una reconstrucción del dispositivo que originó el cuadro, o sea el pabellón español en la Exposición Internacional de París de 1937.
Estamos ante una de esas raras entrevistas-libro que no son memorias de un autor ni resumen de su biografía. Así como hizo Borja-Villel con el Museo Tàpies, la interlocución de Marcelo Expósito lleva al curador a elaborar un documento instigante sobre claves contemporáneas: la centralidad del espectador, los cruces posdisciplinarios del arte y la acción de las instituciones, junto a redes comunitarias que experimentan vías políticas pospartidarias.